Le mail a 40 ans – Solange, vous êtes sur facebook ?

« Solange, vous pouvez me taper ce courrier ? », cette phrase vous dit-elle quelque chose ? Non ? Pourtant elle a fait parti du quotidien des bureaux il n’y a pas si longtemps encore. D’accord on peut quand même dire qu’elle date du siècle dernier … un autre temps, un autre monde !!

J’ai connu pour ma part les secrétaires qui tapaient, rangeaient, organisaient les courriers d’un manager, voire d’un service. Et « tapaient » prenait tout son sens car j’ai même connu les machines à écrire !! oui celles où il fallait taper sur le clavier pour actionner les tiges où étaient fixées les caractères, et faire un retour chariot à chaque fin de ligne !!


Un peu d’histoire (source Wikipédia : Machine à écrire) qui s’étale sur près de 3 siécles :

Une machine à écrire est une machine permettant d’écrire des documents avec des caractères imprimés. Elle se présente sous la forme d’un clavier comportant un certain nombre de touches représentant les caractères qui seront imprimés sur lepapier.

  • 1714 : Premierbrevet accordé à l’AnglaisHenry Mill.
  • 1829 : The Typographer de l’Américain William Austin Burt, breveté le 23 juillet.
  • 1837 : Cembalo scrivano de l’italienGiuseppe Ravizza
  • 1867 : Mise au point par Christopher Sholes – un imprimeur – d’un prototype artisanal qui sera ultérieurement produit en série et commercialisé par la firme «Remington»
  • 1870 : Skrivekügel du DanoisRasmus Malling-Hansen.
  • Fin du XIXe siècle, la machine à écrire Blickensderfer
    (en) utilise déjà le principe de la boule ou du cylindre tronqué . Ce qui offre la possibilité de changer les polices . Néanmoins, malgré un succès initial de la Blickensderfer, celle-ci se fit détrôner par d’autres types, notamment la Remington ;

  • 1873 :Remington, « The typewriter » jusque là producteur d’armes, de matériel agricole et de machines à coudre , produit en série et commercialise la machine à écrire de C. L. Sholes ( modèle dit Machine à écrire Sholes et Glidden).
  • Dans les années 1870,Mark Twain est séduit par le procédé et devient l’un des premiersécrivains à soumettre à son éditeur ses œuvres écrites avec une machine à écrire (La Vie sur le Mississippi etLes Aventures de Tom Sawyer).
  • 1874 : letéléscripteur d’Émile Baudot.
  • 1914 : première machine électrique.
  • 1935 : la petite machine portable, l’« Hermes-Baby ».
  • 1961 : la « machine à boule » d’IBM ( sous le nom d’IBM Selectric typewriter) reprend un dispositif ancien ( autrefois mis en œuvre par la Machine «Blickensderfer» en fin XIX°s ) pour réintroduire la possibilité de changer rapidement lafonte de caractères.
  • 1976 : la machine àmarguerite.
  • 1977 :Olympia crée une nouvelle machine à écrire portative.
  • 1986 : Machine à écrire électronique avec écran 1 à 3 lignes avec les CANON e70. Cette mémoire permet des corrections immédiates.
  • 1992 : Première machine à écrire avec grand écran créée par Powerbook 145.
  • 2011 : Fermeture de la dernière fabrique à machines à écrire (Godrej & Boyce, Mombai, Inde).

La machine à écrire a ainsi été supplantée par le clavier d’ordinateur et les traitements de texte. En effet, retour en 1981, alors que je venais rentrer chez Philips Data Systems avec mon diplôme d’ingénieur Informaticien en poche, certes on trouvait encore des machines électriques à boule dans les secrétariats, mais ce marché était bousculé par des machines que l’on appelait des « traitements de texte ». Ces machines étaient dédiées au seul traitement de texte, et dotées de fonctionnalités géniales à l’époque telles que le stockage des documents qui permettaient de les reprendre, les modifier, les imprimer à loisir . Elles offraient également de nombreuses possibilités d’édition (polices de caractères, texte justifié, …). Ces machines allaient vite se généraliser dans les secrétariats, et les secrétaires partaient toutes en formation pour les maitriser.

Et on entendait toujours « Solange, vous pouvez me taper ce courrier ? » !

Mais 1981 est également l’année du lancement par IBM du premier « ordinateur personnel », le fameux PC ! Les différences ? il y en avait beaucoup, mais la principale à mes yeux, c’est que son utilisateur n’était plus la secrétaire, mais progressivement tous les salariés (au moins dans certaines industries comme l’IT où j’évoluais). Et le PC permettait de faire fonctionner plusieurs programmes dont bien entendu les traitements de textes (Wordperfect, Word, …), les tableurs et progressivement les suites bureautiques dont Microsoft Office est certainement encore aujourd’hui la plus répandue.


Comme vous pouvez le retrouver dans l’infographie ci-après, le terme « email » est quant à lui apparu sur le marché en 1982 (de même que le premier smiley ou émoticones ), mais ce n’est qu’en 1997 qu’Outlook est lancé sur le marché. Et là, l’email trouve sa vitesse de croisière … et les secrétaires la fin d’une époque (et pour beaucoup la fin de leur job ).

Et depuis cette date là, nous sommes devenus des « esclaves » de notre messagerie, phénomène amplifié par les smartphones (BlackBerry et consorts). Je pourrai vous raconter des dizaines d’anecdotes sur l’utilisation de la messagerie et de ses travers mais je les garde pour un prochain post : les best-of du mail !!

Et on entend plus (ou très rarement) « Solange, vous pouvez me taper ce courrier ? » !


Ce qu’il faut également retenir de cette période est que tout s’est accéléré. Là où la machine à écrire avait eu un cycle de vie de 3 siècles, les annonces se succèdent maintenant à un rythme effréné ! En 2004 naissance des mail multimédia, en 2007 Google lance gmail, messagerie gratuite ouverte au monde entier, … et puis il y a eu le 7 Février 2011 : « Atos abandonnera les emails dans 3 ans », « Atos veut éradiquer les emails internes », « l’e-mail n’est plus un outils approprié », « ambition zéro mail dans l’entreprise », ….

Cette annonce reprise par les sites IT (Silicon, lemondeinformatique, 01net, Generation-nt, …) et d’information (le figaro l’express, …) fait l’effet d’un coup de tonnerre !

Silicon.fr – 7 Février 2011 : Thierry Breton (Atos Origin): «L’e-mail n’est plus un outil approprié»

L’abondance des e-mails ne permet plus de répondre aux besoins de communication des entreprises. Inspiré par les outils de réseaux sociaux, Atos Origin entend éradiquer le courriel en interne d’ici 3 ans.

« Le déluge d’informations sera un des plus importants problèmes que l’entreprise devra gérer », lance Thierry Breton, P-dg d’Atos Origin. Il est vrai que nous produisons désormais en deux jours l’équivalent de ce que l’humanité a créé jusqu’en 2003, soit 5 exaoctets de données (5 millions de Go). La question de savoir comment accéder à la bonne information est plus que jamais d’actualité.

A commencer par l’e-mail. Sur les 200 courriels reçus quotidiennement en moyenne par les collaborateurs de la SSII, à peine 10 % se révèlent utiles, annonce son dirigeant. Que d’heures passées à trier et rechercher les messages. « Il n’est pas normal que certains de nos collaborateurs passent des heures le soir chez eux à gérer leur messagerie » Au total, entre 5 et 20 heures par semaine seraient ainsi consacrées à la gestion des e-mails. Autant de temps perdu pour la productivité du salarié.« L’e-mail n’est plus un outil approprié désormais », conclut Thierry Breton.

Penser différemment

« Il est temps de penser différemment », poursuit-il. Notamment en suivant l’exemple de la nouvelle génération qui n’utilise plus le courrier électronique (seul 11 % des 11 – 19 ans se serviraient encore de la messagerie électronique). Comment? En éradiquant purement et simplement l’usage de la messagerie asynchrone. Un concept qu’Atos entend finaliser en interne d’ici 3 ans et probablement avant : « On espère l’atteindre dans les 18 mois », soutien Thierry Breton. Avant de proposer le concept à ses clients.

Comment? En adoptant des solutions innovantes directement inspirées des réseaux sociaux (social business solutions) à travers les outils collaboratifs et plates-formes communautaires mises en oeuvre dans l’entreprise. Citons notamment la suite collaborativeMicrosoft Office Communicator qui permet notamment à 12 % des employés du nouveau siège parisien de l’entreprise de télétravailler tout en restant en contact avec le reste des équipes de l’entreprise.

Ces outils de nouvelle génération permettent ainsi de partager et garder trace des idées proposées par les salariés. Outils collaboratifs et sociaux qui seraient aujourd’hui, chez Atos du moins, plus utilisées que les moteurs pour rechercher des informations. Bref, après le web puis les terminaux mobiles, ce sont les Facebook et leurs différentes déclinaisons qui entrent dans l’entreprise.« Les entreprises doivent se préparer à la nouvelle vague des usages et comportements », martèle Thierry Breton.

Accélérer la collaboration

Sauf que chez Atos, la plate-forme sociale n’arrive pas en plus de la messagerie mais à la place. Les transferts de documents et archives des courriels sont remplacés par des outils de gestion de contenus; la messagerie instantanée, les « webphones » (ou smartphone) et les conférences en ligne assurent la communication visuelle, l’ensemble étant structuré par un système de gestion des flux de travail (workflowmanagement systems).

Donc Atos ouvre le bal ! et ce n’est que le début de la fin des emails !

Je suis un peu considéré comme un early adopter des médias sociaux, et j’ai l’occasion de faire des conférences sur le sujet pour partager mon expérience. De manière assez systématique, après avoir levé les objections (craintes) liées à l’aspect chronophage des médias sociaux ou aux problèmes de la protection des données privées (sphère privée vs sphère publique), on me rétorque souvent, mais croyez/pensez-vous que tout le monde peut/va utiliser les médias sociaux ? les PDG ? …. Et ma réponse est oui sans hésiter, et pour les plus sceptiques je refais l’histoire des emails !

Et on entend maintenant « Solange, vous êtes sur facebook ? » !

A propos François Trouillet

Directeur de @Grenoble_EMSI une école de @Grenoble_EM . Teaching Marketing. Fan of Digital, Social Media, Cloud Computing, Big Data, Innovation. I have been working for blue chip IT companies such as CA Technologies, SAP, Business Objects, HP, Digital and Baan.
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